Tous les ans, Sophie retournait à l’orphelinat saint Germain pendant son congé annuel. Ayant grandi elle-même, elle aidait les moniteurs non seulement avec les enfants, mais aussi avec les comptes. Être à l’orphelinat, c’était être en famille parce que c’était la seule qu’elle avait connu. Après avoir été mutée dans un autre pays, ses visites annuelles en ont pris un coup. Elle gardait cependant le contact. Elle appelait dès qu’elle pouvait.
Ayant cumulé ses congés, elle décida d’aller les passer à l’orphelinat. Mais elle ne voulait pas y aller les mains vides et elle voulait leur faire la surprise. Alors, l'air de rien, elle glissa un sujet lors de ses conversations avec les enfants. “Que voudriez-vous voir de nouveau à la maison? Qu’est-ce qui vous ferait plaisir?” Les réponses divergeaient. Une salle de jeux, un grand parc, plus de jouets, une montre, des bandes dessinées,... Anaïs dit qu’elle voudrait jouer à la maîtresse. Son commentaire fit rire l’assemblée.
Avec ces pistes, Sophie se mit à réfléchir. Elle sortit son carnet de dessin et se mit à esquisser quelque chose. C’était maladroit, imparfait, mais ça allait donner le ton pour la suite.
Elle prit contact avec un entrepreneur de la ville où se trouvait l’orphelinat. Sur la base de ses dessins, un beau projet vit le jour. Comme c’était une construction rapide, elle proposa aux moniteurs une randonnée qu’elle avait financée avec les enfants.
Dans l’avion, elle avait du mal à contenir son sourire. Elle s’imaginait la tête des enfants en la voyant, mais surtout, en voyant ce qu’elle les réservait
Sur place, son moniteur complice supervisait les travaux. Quand elle arriva, les travaux étaient bien avancés. Elle insista pour qu’on laisse les enfants peindre à leur guise. Elle commanda les meubles, de jolis poufs moelleux et colorés, des étagères pour créer des coins lectures, un tabouret et une petite table en bois.... Elle commanda aussi des jouets. Avec de grands pots de peintures aux couleurs joyeuses. Le tout dans un grand magasin de la place.
La cabane avait pris forme. À leur retour, les enfants fatigués se plaignaient. Ils étaient fatigués et avaient mal aux pieds. Quand un moniteur leur a demandé de le suivre dans le jardin, les plaintes ont décuplé. Sophie souriait dans sa cachette. Quand ils aperçurent la cabane, des cris de joie montèrent et de l’excitation se fit sentir. Ils n’en revenaient pas. Mais quand Sophie est sortit de la maison en bois en criant “surprise!” les enfants fondirent en larmes. Pas tous, mais plusieurs.
Ils se ruèrent vers elle. Dans un câlin de groupe, elle leur dit combien ils lui avaient manqué et qu’elle était contente de les revoir.
Quand la peinture a séché, ils rangèrent les meubles à l’intérieur et à l’extérieur. Ainsi, la cabane prit vie. Le petit salon, l’atelier juste en dessous, le petit bureau, le mur d’escalade et le toboggan, sans parler des jouets,...
Anaïs occupa le petit bureau. Elle enrôlait de force ses élèves qui d'ailleurs n'avaient pas le droit de s’exprimer.
Sophie et les moniteurs les regardaient s’amuser et inventer mille vies. Le spectacle était unique, très loin de Broadway, mais on ne l’échangerait pour rien au monde.
Une maison de plus leur avait été donnée. Un lieu d’espoir où ils pouvaient jouer, apprendre et resserrer leurs liens.
Et vous, quelle est votre histoire?
…